PHOTOGRAPHE DANS LES MARAIS SALANTS DE LA PRESQU’ÎLE DE GUÉRANDE

Au cours de l’été 2026, j’ai travaillé dans les marais salants de la presqu’île de Guérande. Pendant deux mois, à Saillé, petit village de paludiers situé entre Guérande et Le Pouliguen, j’ai récolté de la fleur de sel. Tous les soirs avant le coucher du soleil, je récoltais et, tous les matins à l’aube, je triais la fleur de sel récoltée la veille. Depuis que nous avons emménagé dans la région, les marais salants font partie de mon quotidien. Ils accompagnent mes retours, mes promenades, mes saisons. Je vois travailler au quotidien paludiers et paludières. Et je sens quelque chose de spécial autour de ce métier aussi dur que passionnant, respecté voire ultra respecté par toutes et tous. J’attendais le moment opportun pour comprendre de l’intérieur ce savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération, façonné par la patience des gestes et une attention constante à la nature. Faire ce choix c’était aussi m’offrir un temps de retrait : m’éloigner du tumulte extérieur, suspendre un instant mes réflexions culturelles, freiner ma recherche permanente de nouveaux clients, d’idées géniales qui ne viennent pas … pour laisser davantage de place au silence, à la méditation et au travail manuel. Ce que je ne savais absolument pas, c’est que cet été si particulier marquerait tous les esprits. La photographie ci-dessous de moi en train de récolter a été prise par © Maud Coelenbier. Je vous la partage ici car elle représente merveilleusement bien ces moments de sérénité absolue que l’on peut vivre dans les marais.

DES PAYSAGES MAGNIFIQUES
L’une des plus belle chose de ce métier est son environnement. Salines, oeillets, ponts, vasières, ladures … multiples sont les mots et noms qui entourent l’activité des paludiers. Ici, chaque endroit a un nom, chaque geste une histoire, chaque heure une lumière. Je n’étais pas là en tant que photographe mais il m’a bien sûr été impossible de ne pas immortaliser ces ambiances incroyables. Téléphone en bandoulière, j’ai photographié furtivement et quotidiennement, entre deux mouvements, paysages et lumières qui m’entouraient et me berçaient. J’ai tout de suite été happée par ce monde si particulier. Découvrir les marais au lever du soleil dans un silence absolu et bercée par le chant des oiseaux fut magique.
Quelle que soit l’heure, des paysages de carte postale défilaient devant mes yeux.
LE GRAND ÉPUISEMENT
Ce titre fait référence à un livre de Nelly Pons publié aux Editions Actes Sud. Un jour, la narratrice de ce livre n’a plus pu se tenir debout – épuisement physique, psychique et émotionnel total. Ce n’est pas du tout ce que j’ai connu dans les marais. Loin de là. Mais ce sont ces trois mots qui me sont venus à l’esprit à l’heure de rédiger ce court chapitre.
J’ai commencé le 11 juin. J’étais dans une forme resplendissante. Il faisait beau et doux. C’était idyllique. J’ai terminé le 11 août. Entre les deux, trois canicules, 62 jours de récolte ininterrompue, une expérience hors du commun où je suis allée puiser des forces au plus profond de moi. On m’avait prévenu : « Les marais te prennent aux tripes ». Je ne peux que confirmer. Les marais m’ont pris aux tripes. Mais, il est capital de souligner que cette année ne fut pas du tout une année normale. « La pire année que j’ai connu en 33 ans de métier » me dira un paludier du coin. Par pire, entendons la plus exténuante. Les canicules se sont sauvagement enchainées. Il m’est d’ailleurs arrivé à plusieurs reprises de devoir aller me réfugier dans l’église du village pour trouver un coin au frais et à l’ombre. La pluie est devenue inexistante. Deux gouttes en 62 jours. Soleil, chaleur, absence de pluie et vent : combo parfait pour une récolte XXL. J’ai terminé le 11 août. Exténuée, épuisée, rincée. Exténuée, épuisée, rincée et heureuse de pouvoir enfin comprendre ce que vivent tous ces hommes et femmes qui m’entourent au quotidien et dont je suis profondément admirative.
UN NOUVEAU PROJET ?
Une expérience aussi passionnante, enrichissante et éprouvante ne laisse pas indifférent. J’ai bien sûr des tas d’idées pour les mois à venir. RV donc en 2027 pour de nouvelles aventures salées partagées.